Route E611
Des montagnes alanguies s'étirant encore plus au loin. Le désert rocheux orangé laisse sortir des immondes cactus feuillus avec des lotus sur leurs têtes. Dans le ciel rose-violet, les étoiles courent en suivant le sens du vent mistral et la lune blanche ferme doucement ses yeux clos sur des notes mélancoliques provenant de l'espace temps.
Le macadam ruisselant de poussières humaines laisse sortir en son milieu une ligne orange qui brusquement s'arrête et puis continue de nouveau, s'arrête en feu, en joue, en feu, en joue. Et puis des roues fumantes qui cadencent de plus en plus la voiture cabriolet feu-follet qui file tout droit sans vraiment voir les coins qui l'entourent. Les poteaux électriques tombent par terre les uns après les autres et provoquent des gondolements inextinguibles sur la route incitant la fermeture des barrières du chemin de fer cent mètres plus loin. Les feux de sécurité crachent du troisième point bas des flammes qui font exploser les garde-fous allant voltiger dans les airs avant d'aller s'embrasser dans l'immense panneau publicitaire décousu de toutes pensées philosophiques profondément tactiles.
La route continue toujours encore et sans cesse, le rose-violet a basculé dans le noir pourpre et la ligne filagramme du sol est devenue fluorescente. Des champs malveillants s'étendent au bord de la route, laminant aussi le chétif panneau routier n'indiquant que saleté. Au loin des lumières bleues et des chapeaux de cow-boys s'envolant de gauche à droite et de bas en haut. A contresens interdit les samedis soirs de septembre entre maintenant et après, une autre voiture carrosse vermeil perd toutes ses roues et s'en va se fouler dans les sables marécageux de l'autre coté invisible de l'œil droit. Et le tout continu, la station à essence suivante n'a pas de distributeur et les automates articulés ne font que passer à travers les murs de manière répétitive. Un jaillissement de pétrole sort de la caisse enregistreuse et la flaque enlise la station à sec.
Des étoiles filantes qui foncent tout droit sur le sol et explosent si fort que jaillissent des blocs de lave qui s'agrippent au sol détracté et bascule aussitôt dans les ravins profonds des chutes caracolasses. La ville bleue est là, des lumières bleues, jaunes, blanches éclairent violamment les quelques mètres à faire, les rocs sont éclairés magiquement en blanc et en bleu. Tout vibre trop fort mais avec majestueux silence profond.
Fin de la route et passage sur le pont rouge qui bascule dangereusement de gauche à droite, projetant dans le gouffre noir sans fond tout ce qui se trouve sur lui. Engagement incertain sur celui-ci. Paysage qui se met à vomir gauche, droite est bien trop fort sensiblement. Et puis effondrement du pont par le sud. La voiture tourne sur elle-même dans le vide et puis le noir avec un bruit lourd mais silencieux des choses atterries en plein vol. Focus noir trop long avec zones oranges-rouges sans vague de chaleur. Ni fumée ni cri sans supplice.
La ville bleue est encore plus bleue mais sans classe et distinction, le pont à sa place est encore plus rouge avec chaines de cordes suspendues sur ses cotés.